Diaporama

migration:health-insights

Surpoids et hypertension : causes, risques et solutions

L'hypertension artérielle est un facteur de risque cardiovasculaire bien connu. Elle est parfois difficile à diagnostiquer en raison de l'absence de symptômes, et est souvent associée à un surpoids. Généralement, si le poids augmente, la tension artérielle augmente aussi.

💡 En bref :

  • L'excès de poids corporel est fortement lié à l'hypertension via plusieurs mécanismes : suractivation du système nerveux sympathique, compression rénale (notamment par la graisse viscérale), augmentation de la résistance vasculaire et perturbations de l'équilibre sodé (SRAA).
  • L'hypertension est définie à partir de 130/80 mmHg (avec une catégorie « élevée » en deçà de ce seuil) et est beaucoup plus fréquente chez les adultes en surpoids ou obèses (IMC ≥ 25) que chez ceux ayant un poids normal.
  • Même une perte de poids modeste (environ 5 à 10 % du poids corporel) entraîne des réductions significatives de la pression artérielle systolique et diastolique, améliorant ainsi le risque cardiovasculaire ; combiner le contrôle du poids avec des modifications du mode de vie est une stratégie clé.

Excès de poids et hypertension : un lien dangereux

Votre cœur est un organe remarquable, qui pompe cinq litres de sang par minute et jusqu'à 7 500 litres par jour. Vous savez peut-être que les maladies cardiovasculaires sont la première cause de décès dans le monde, faisant environ 17,9 millions de victimes chaque année.

Vous avez peut-être entendu dire que les changements de mode de vie peuvent avoir un impact considérable sur votre risque de maladies cardiovasculaires. Mais penchons-nous plus précisément sur la santé cardiaque et le poids, et voyons comment perdre quelques kilos peut contribuer à faire baisser la pression artérielle.


« La Nurses Health Study a comparé des femmes avec un IMC inférieur à 22 à celles ayant un IMC supérieur à 29 et a constaté une prévalence de l'hypertension 2 à 6 fois plus élevée chez les femmes obèses."

Source : "
Weight Loss and Blood Pressure Control" AHA Journals, 2008

Dès 1923, dans "The blood pressure of healthy men and women", le Dr Brandreth Symonds avait établi une association entre le poids et l'hypertension artérielle.

Aujourd'hui, le poids et la pression artérielle constituent un enjeu majeur de santé publique, car ils peuvent avoir un impact considérable sur les systèmes cardiovasculaire et rénal des personnes en surpoids.

Découvrez les mécanismes physiopathologiques qui favorisent l'élévation de la pression artérielle chez les personnes en surpoids.

Qu'est-ce que l'hypertension artérielle ?

L'hypertension artérielle, ou hypertension, survient lorsque la pression artérielle — c'est-à-dire la force exercée par le sang sur les parois des vaisseaux sanguins — est trop élevée. Une pression artérielle de 130/80 ou plus est considérée comme hypertensive, et une pression artérielle comprise entre 120-129 et supérieure à 80 est considérée comme élevée, ce qui signifie que vous êtes à risque de développer une hypertension.

En 2018, l'American College of Cardiology et l'American Heart Association ont modifié leurs recommandations en matière de pression artérielle, supprimant la catégorie « préhypertension » et abaissant la définition de l'hypertension artérielle.

En savoir plus sur l'hypertension artérielle +

Qui est considéré comme étant en surpoids ou obèse ?

Le CDC définit le surpoids et l'obésité chez l'adulte comme « un poids supérieur à ce qui est considéré comme un poids sain pour une taille donnée ».

Un adulte de 20 ans ou plus est considéré en surpoids s'il présente un indice de masse corporelle (IMC) compris entre 25 et 29,9, et obèse s'il présente un IMC de 30 ou plus. Bien que l'IMC ne reflète pas toujours l'ensemble de la situation en matière de poids, il est largement utilisé comme indicateur pour déterminer le surpoids et l'obésité.

En savoir plus sur l'indice de masse corporelle +

Comment l'excès de poids provoque-t-il l'hypertension artérielle ?

Lorsque l'on parle d'excès de poids, on fait souvent référence à un excès de graisse corporelle. Bien que toutes les personnes obèses ne développent pas d'hypertension artérielle, les données scientifiques confirment que plusieurs mécanismes physiopathologiques contribuent à l'hypertension induite par l'obésité.

Compression des reins

Un excès de graisse viscérale — la graisse stockée autour de l'abdomen — peut entraîner une compression anormale des reins, voire une lésion rénale susceptible d'évoluer. "Une fonction rénale anormale, associée à une réabsorption tubulaire accrue du sodium, joue un rôle clé dans l'initiation de l'hypertension liée à l'obésité."

Source : "Obesity, kidney dysfunction and hypertension: mechanistic links" Nature Reviews Nephrology, 2019

Tissu adipeux viscéral (TAV)

Ces tissus de cellules graisseuses sécrètent de nombreuses hormones. Au niveau des reins, ils peuvent perturber le système rénine-angiotensine-aldostérone (ou SRAA), responsable de l'équilibre en sodium (sel). Le rein doit donc maintenir une pression artérielle plus élevée pour excréter l'apport quotidien en sel.

L'association entre l'accumulation de TAV et l'hypertension peut être influencée par plusieurs facteurs, notamment l'âge, le sexe, le degré d'obésité et la tolérance au glucose ; chacun de ces facteurs a été montré comme étant lié à la fois à l'obésité abdominale et à l'hypertension.

Source : "
Visceral fat in hypertension: influence on insulin resistance and beta-cell function" Hypertension, 2004

Augmentation de la résistance vasculaire

En cas de surpoids ou d'obésité, l'excès de graisse augmente également la résistance vasculaire, ainsi que le travail que le cœur doit fournir pour pomper le sang. Cette activité supplémentaire sollicite davantage le cœur et provoque une hausse de la pression artérielle.

L'excès de poids peut aggraver d'autres facteurs de risque, tels qu'un taux de cholestérol élevé et une résistance à l'insuline, qui affectent la santé cardiaque. La résistance à l'insuline constitue un cycle particulièrement pernicieux — plus vous avez de graisse, plus vous devenez résistant à l'insuline, ce qui vous pousse à sécréter davantage d'insuline, et donc à stocker encore plus de graisse. Ainsi, pression artérielle et diabète sont également liés.

Les recherches médicales visant à explorer d'autres relations possibles entre l'excès de graisse corporelle et l'hypertension artérielle sont en cours.

Hyperactivité sympathique

Le système nerveux sympathique (ou SNS) est un réseau de nerfs qui permet à notre cerveau de contrôler la pression artérielle en ajustant le diamètre des artères périphériques par des influx électriques. Chez les personnes obèses, les cellules graisseuses et la résistance à l'insuline tendent à stimuler cette réponse sympathique.

L'activation du système nerveux sympathique est considérée comme ayant une fonction importante dans la pathogenèse de l'hypertension liée à l'obésité.

Source : "
Mechanisms of obesity-induced hypertension" Hypertension Research, 2010

Quels sont les risques d'hypertension artérielle engendrée par un surpoids ?

D’après de nombreuses études, l'obésité, souvent liée à une augmentation de la tension artérielle, engendre un risque plus grand de contracter des maladies cardiaques ou des accidents vasculaires cérébraux. L’hypertension est ainsi souvent appelée "tueuse silencieuse" parce qu'elle peut ne présenter aucun symptôme. Plus longtemps on reste obèse, plus les effets peuvent être graves et plus les complications risquent de se développer.

L'insuffisance cardiaque

L’insuffisance cardiaque est l'incapacité du cœur à pomper suffisamment le sang et donc à alimenter correctement les organes du corps en oxygène. Plus les vaisseaux sanguins sont étroits, plus la charge de travail est importante et plus le risque d'insuffisance cardiaque est élevé.

La fibrillation auriculaire

L'hypertension artérielle peut entraîner un élargissement de l'oreillette gauche du cœur, qui se contracte alors anormalement. La perturbation du pouls qui en résulte s'appelle alors une arythmie qu’on appelle fibrillation auriculaire (FA). L'activité du système rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA), telle qu'elle est observée chez les personnes souffrant d'hypertension induite par l'obésité, peut également entraîner une fibrillation auriculaire. En savoir plus sur la fibrillation auriculaire +

Les maladies coronariennes

Si l'hypertension n'est pas traitée, la pression accumulée sur les parois des artères peut les rendre plus vulnérables. on appelle alors artériosclérose le rétrécissement des artères qui favorise l'accumulation de plaque. L’obstruction des artères qui alimentent le cœur en sang risquent ainsi d’engendrer une coronaropathie.

Les valvulopathies cardiaques

Une étude publiée en 2019 dans le European Heart Journal prouve que plus l'IMC et la masse graisseuse augmentent, plus le risque de sténose aortique est élevé plus l'IMC et la masse graisseuse augmentent, plus le risque de sténose aortique est élevé. Cette pathologie résulte d’un dysfonctionnement de la valve contrôlant le flux sanguin vers l'aorte qui ne s'ouvre pas complètement. La sténose aortique peut entraîner de nombreuses maladies graves, comme l’insuffisance cardiaque, l’AVC ou la formation de caillots sanguins.

La résistance aux traitements

Une déclaration conjointe de la European Association for the Study of Obesity et de la European Society of Hypertension indique que les patients obèses sujets à l'hypertension artérielle, ont besoin d’une plus forte dose de médicaments et courent un risque accru de résister à leur traitement.

L’AVC ischémique

L'hypertension artérielle est l'une des principales causes d'accidents vasculaires cérébraux, surtout lorsqu’elle est associée à de l'obésité. En effet, l'excès de tissus adipeux provoque des réactions et des inflammations qui favorisent la fixation de particules entraînant la formation de caillots dans les artères cérébrales (déjà affaiblies par l’hypertension). Si le cerveau n'est pas irrigué correctement ou avec du sang insuffisamment riche en oxygène, les cellules cérébrales commenceront à mourir.

L’insuffisance rénale

Selon l'American Heart Association, "les néphrons dans les reins sont alimentés par un réseau dense de vaisseaux sanguins, et un grand volume de sang circule à travers eux. Une pression sanguine élevée non contrôlée peut, au fil du temps, entraîner un rétrécissement, un affaiblissement ou un durcissement des artères autour des reins". L'obésité est également un facteur de risque connu pour les maladies rénales chroniques (MRC).

Comment la perte de poids affecte-t-elle la tension artérielle ?

Les experts sont clairs : une perte de poids peut se révéler déterminante pour faire baisser l'hypertension.

Dans un article paru dans la revue Circulation, les chercheurs ont déclaré : "Bien que l'on ne sache pas précisément dans quelle mesure le poids peut permettre de contrôler ou d'empêcher l'hypertension, le contrôle de l'obésité devrait faire partie intégrante de toute thérapie ou régime antihypertenseur préventif."

Dans un article du Journal of Family Practice, les scientifiques ont révélé que perdre 4 kg en changeant de régime alimentaire réduisait la pression artérielle systolique de 4,5 mm Hg et la pression artérielle diastolique de 3,2 mm Hg. En outre, ils ont noté qu'une perte de poids de 1 à 1,2 kg peut entraîner de légères réductions de la tension artérielle systolique ou diastolique.

Quel objectif de poids fixer pour faire baisser la tension artérielle ?

Si vous êtes préoccupé par votre poids, consultez votre médecin pour définir un objectif de poids adapté à votre situation.

De nombreux experts recommandent de se fixer des objectifs SMART — des objectifs spécifiques, mesurables, atteignables, pertinents et limités dans le temps — pour parvenir à une perte de poids durable. Vous pouvez également raisonner en termes d'objectifs de processus — par exemple, marcher 10 000 pas par jour, plutôt que de viser une perte de poids en kilogrammes. Pensez également à la composition corporelle — vos pourcentages de graisse, d'eau et de masse osseuse.

Même de légères pertes de poids peuvent faire une grande différence

Dans une étude menée par Withings en collaboration avec l'Hôpital Georges-Pompidou à Paris, des chercheurs ont constaté qu'une diminution de l'IMC de 1,0 kg/m2 sur un mois était associée à une baisse de la pression artérielle de 1,79 mmHg chez les hommes et de 1,81 mmHg chez les femmes.

Une autre étude publiée dans Obesity Research en 2012 préconise une perte de poids progressive et modérée, définie comme étant de 5 % à 10 % de votre poids de référence.

Selon les chercheurs, ce niveau de perte de poids « peut normaliser les niveaux de pression artérielle même sans atteindre le poids idéal », et il a été démontré qu'il permet de réduire, voire d'arrêter, les médicaments antihypertenseurs. Les chercheurs indiquent que la baisse de la pression artérielle résulte probablement d'une amélioration de la sensibilité à l'insuline et d'une diminution de l'activité du système nerveux sympathique.

Blood Pressure UK indique également que « vous n'avez pas besoin d'atteindre votre IMC idéal pour constater des résultats. »

Une perte de poids peut-elle faire baisser la tension artérielle sans prendre de médicaments ?

Changer votre alimentation et commencer à faire de l’exercice physique peuvent faire une grande différence si vous essayez de contrôler votre tension artérielle. Le National Heart, Lung, and Blood Institute a publié des directives qui présente les ajustements de mode de vie à mettre en place pour prévenir et traiter l'hypertension. Parmi celles-ci : perdre du poids (pour chaque kilo perdu, vous pouvez faire baisser votre pression systolique de 5 à 20 points), et suivre un régime alimentaire pauvre en graisses et riche en fruits et légumes.

Dans un article publié dans le Journal of Family Practice, les chercheurs ont effectué une méta-analyse de 8 essais cliniques contrôlés et randomisés sur un total de 2000 patients. Ils ont constaté que la perte de poids obtenue par un changement de régime alimentaire réduisait la tension artérielle chez les patients hypertendus.

Quel est le lien entre le poids et la pression artérielle pendant la grossesse ?

Tout d'abord, il est important de savoir que la prise de poids est essentielle pendant la grossesse, et si vous êtes préoccupée par votre poids, il est préférable de consulter votre médecin.

Une pression artérielle élevée pendant la grossesse peut être dangereuse. Elle peut entraîner une diminution du flux sanguin vers le placenta, un décollement placentaire (dans lequel le placenta se sépare de la paroi interne de l'utérus avant l'accouchement), un accouchement prématuré et des maladies cardiovasculaires, entre autres risques.

Il existe différents types d'hypertension artérielle pouvant survenir pendant la grossesse, notamment l'hypertension gestationnelle, l'hypertension chronique et la prééclampsie, une affection dangereuse associée à 10-15 % des décès maternels.

L'excès de poids pendant la grossesse peut jouer un rôle dans le développement de l'hypertension artérielle. Une étude de 2019 publiée dans la Revista de Saúde Pública a constaté que les femmes enceintes présentant une prise de poids excessive avaient une pression artérielle systolique moyenne plus élevée au début du troisième trimestre, comparativement aux femmes ayant une prise de poids adéquate ou insuffisante.

Si vous êtes en surpoids ou obèse et que vous souffrez d'hypertension artérielle pendant la grossesse, que pouvez-vous faire ? Une étude de 2019 publiée dans Hypertension and Metabolic Syndrome recommande d'aborder la grossesse avec un IMC plus faible, d'éviter la prise de poids et de prendre de l'aspirine à faible dose.

Les chercheurs suggèrent que la surveillance de la pression artérielle à domicile peut également être utile.

Pour conclure

Si vous êtes concerné par l’hypertension artérielle associée à un surpoids, sachez qu'il existe des moyens de contrôler votre tension artérielle et même de la réduire en modifiant son mode de vie. Fixez vous des objectifs de poids réalistes et augmentez votre niveau d'activité pour atteindre un poids santé et faire baisser votre tension. Même une augmentation modérée de la marche peut vous aider. N'abandonnez pas, et continuez à bouger !

Cet article a été validé par le Dr Pierre Escourrou, MD, PhD, Cardiologue Somnologue.

Linkedin · Doctolib